Quand un opéra de Wagner à Paris tourne au drame...

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En 1861, Richard Wagner espère charmer les Parisiens grâce à son opéra "Tannhäuser". Mais le public de la capitale ne se laisse pas séduire si facilement : ses exigences ont de quoi surprendre notre compositeur allemand !

1861. Le compositeur Richard Wagner compte bien conquérir le public parisien amateur de grand opéra ! Comment ? En montrant Tannhäuser, un opéra qu’il a composé en Allemagne.

Mais les Parisiens se révèlent plus difficiles à contenter que prévu… Déjà, Wagner ne peut présenter Tannhäuser tel quel. Car à l'Académie impériale de musique, on ne chante qu'en français !

Pierre Petit, Portrait de Richard Wagner, 1861

De plus, en France, le genre du grand opéra exige aussi la présence d'un ballet. Ce n’est pas vraiment du goût de Wagner… mais séduire Paris est à ce prix. À contrecœur, le compositeur intègre donc un ballet.

Seulement, pas question pour lui de le placer durant l’acte II, comme c’est l’usage. Pour conserver la cohérence dramatique de son œuvre, Wagner le met au début de l'opéra. Grave erreur !

Henri Fantin-Latour, Tannhäuser sur le Mont de Vénus, 1864, huile sur toile, 118 x 151 cm, Musée d'art du comté de Los Angeles (LACMA)

En effet, à l’époque, on va à l’opéra pour la musique, mais pas que… C’est notamment le cas des membres du Jockey Club, un cercle parisien masculin et élitiste : beaucoup de ces aristocrates ont des maîtresses parmi les danseuses.

Ils ont aussi pour habitude de n’arriver qu’à l’acte II, après un copieux dîner, juste à temps pour le ballet. Chacun peut ainsi admirer sa jeune protégée sur scène. Autant dire qu’en bouleversant leur petite routine, Wagner a commis l’impardonnable.

Cette œuvre montre un homme en costume sombre qui admire depuis les coulisses la danseuse sur scène, qui pourrait être sa maîtresse. Edgar Degas, Ballet (détail), vers 1876-1877, pastel, 58,4 x 42 cm © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Résultat des courses : les membres du Jockey Club expriment leur mécontentement en sifflant bruyamment ! Le scandale est tel que Wagner décide de faire retirer l’œuvre de l’affiche. Et tant pis pour les mois de travail acharné et les 160 heures de répétition…

L’opéra ne sera plus rejoué à Paris pendant plus de trente ans. Un vrai traumatisme pour Wagner, qui gardera toute sa vie une grande rancœur contre Paris !

Dessin de Wilhelmine Schröder-Devrient dans le rôle de Vénus et Josef Tichatschek dans le rôle de Tannhäuser dans l'opéra Tannhäuser de Wagner (détail), vers 1845

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